L’histoire continue

Posté par kahasane le 15 décembre 2013

Il  était une fois un petit commerce, se trouvant à proximité d’un plus grand, plus florissant, ce grand magasin avait beaucoup de clients, la ville et les alentours s’approvisionnaient chez lui, il était sans conteste le plus grand de la région, il était surtout l’unique magasin vendant de tout. On l’appelait le Géant.

Le petit commerce par contre, était en quasi-faillite, les propriétaires successifs n’arrivaient pas à en faire un commerce viable, il est vrai que le Géant avait des plus grands moyens,  pouvait lancer des publicités féroces,  son fond de roulement était quasi inépuisable, il pouvait  casser les prix, pour attirer les clients, offrir  des facilités de paiement, deux pour le prix d’un, des techniques de marketing que le Petit Commerce ne pouvait se permettre.

Mais pourtant il ne lâchait pas prise, et bizarrement le Géant avait une certaine appréhension, c’est comme si dans un rêve, le Géant avait vu qu’un jour, le petit commerce allait réussir à lui prendre toute sa clientèle, et les moyens que le Géant mettait pour détruire ce petit commerce, si dérisoire, étaient disproportionnés. Les clients n’avaient pas d’états d’âme quant à leur choix ; ils allaient tous vers le Géant, la vie était difficile, la crise économique était passée par là, et puis le Petit Commerce n’avait que très peu de produits en stock, ses prix  étaient élevés, et malgré toute leur sympathie pour ce petit commerce qui se débattait tant dans un combat inégal un peu comme celui du vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway,  se dirigeait néanmoins vers  le Géant.

Les choses continuaient ainsi, les gens de la région regardaient d’un air distrait cette lutte. Quelquefois le Petit Commerce restait fermé des années, ceux qui essayaient de le faire revivre étaient tout de suite approchés par le Géant, avec des offres alléchantes, des postes de chef de rayon dans le Géant même, des plans de carrière plus stables … etc.

Le local restait fermé mais l’enseigne était toujours là, quelques nostalgiques rodaient autour, rien que de voir le nom leur réchauffait le cœur, et leur rappelait des idéaux, des combats, une autre manière de faire du commerce, auxquels ils avaient cru. Ils avaient vu leurs rêves emportés par une logique commerciale implacable.

Et puis, Un jour, un homme d’affaire, auréolé d’une certaine renommée, ayant une réputation d’homme d’affaires au flair aiguisé, véhiculant avec lui un capital de confiance chez beaucoup de gens, déclara qu’il allait reprendre l’affaire, et qu’il s’associerait avec d’autres anciens gérants du petit commerce, ceux-là même qui avaient baissé les bras devant la concurrence de Géant, se sentirent tout de suite ragaillardis, un vent nouveau soufflait semblait-il, une certaine euphorie régnait, certains anciens responsables du Géant, licenciés, vinrent même rejoindre le petit commerce pour participer à sa réapparition. Des habitants de la ville, aussi, se dirent prêts à payer plus cher pour participer à la revitalisation du petit commerce.

Le petit commerce se remettait doucement à flots, beaucoup de gens étaient contents de le revoir ainsi, après tout il appartenait au paysage commercial de la région et apparemment il  n’avait  pas dit son dernier mot.  Beaucoup de jeunes et de moins jeunes s’associèrent au projet, promirent d’apporter leur aide, certains proposèrent de travailler sans salaire,  il fallait briser le monopole de ce Géant, son arrogance était insupportable, il fallait lui faire peur. Il fallait que les gérants du Géant regardent leur clientèle d’une autre manière, qu’elle ne leur soit plus acquise, il fallait qu’ils prennent ses doléances en compte, c’est vrai, le Géant n’était pas un magasin formidable, beaucoup de produits n’étaient pas de qualité, les prix pouvaient varier sans que l’on n’ait rien à redire, les employés n’étaient pas toujours corrects envers les clients, sachant qu’ils n’avaient pas trop le choix, qu’ils allaient toujours revenir, sinon mourir de faim. Mais avec un autre commerce à proximité, le Géant serait obligé d’écouter, de changer certaines pratiques, car sinon il perdrait  des clients, au profit de son concurrent. Certaines personnes étaient persuadées qu’elles iraient toujours vers le Géant, un certain conservatisme qui aurait du mal à s’en aller, mais, savoir qu’il y avait une autre offre à côté, c’était quand même agréable, même pour les plus irréductibles. Quelques vendeurs du Géant abandonnèrent leur place pour rejoindre le Petit Commerce, les gens de la région, qui n’était pas habitués à un tel esprit d’aventure, applaudirent, tout en continuant à acheter chez le Géant.  Les prix et les services qu’ils proposaient étaient imbattables surtout là, pour détruire le petit commerce, le Géant était même prêts à se ruiner.

Malgré cela, Le Petit Commerce commença à s’agrandir, les fonds commencèrent à pleuvoir,  des campagnes publicitaires furent lancées, à la télévision, à la radio, sur Ies réseaux  sociaux. Au début tout marcha à merveille, le Géant commença même à s’inquiéter,  à perdre des clients, beaucoup de clients,

Lors d’une foire, le Petit Commerce réussit même à vendre beaucoup de ses produits, à prendre des clients du Géant, les débats font encore rage, car le Petit Commerce soutient qu’il avait eu plus de clients mais le dumping fait par le Géant l’avait  mit à mal.

Mais malheureusement le Petit Commerce commença à péricliter très vite, comme si c’était son destin, une fois l’euphorie du début passée, les télévisions et la radios, n’acceptèrent plus de relayer leur publicité, eux même n’avaient plus rien à proposer, une fois le premier stock épuisé, malgré le fond de roulement dont ils disposaient encore, les  gérants  ne s’entendait plus ni sur ce qu’il fallait vendre, ni sur les techniques de vente, ni sur  les produits phares. I

Au lieu de parler de ce qu’il avait à proposer et de parler d’une autre façon de faire le commerce, parler de commerce équitable ou de commerce local, etc. Ils ne parlaient plus que du Géant, de ses pratiques, Mais cela les clients de la région n’avaient pas besoin de l’entendre, ils le savaient déjà, ils voulaient avoir un moyen de sortir de ça justement et ils voulaient que ces nouveaux commerçants leur proposent une autre manière de faire du commerce, de traiter les clients, d’être transparents, sur la traçabilité de leurs produits, sur les prix etc. A leur décharge, ce serait un doux euphémisme que de reconnaitre que le Géant ne leur facilitait pas la tâche.

Quand au Géant, un peu estomaqué par la Foire, il concéda quelques changements, pas de bouleversements majeurs, mais quelques avancées furent constatées, dans certains secteurs. Les clients restaient sur leur faim. Maintenant qu’ils pressentaient la disparition prochaine du petit commerce, ils savaient que le Géant reprendrait vite ses habitudes. En fait, c’était eux les perdants de cette lutte.

Pourtant ils n’avaient jamais souhaité la disparition du Géant, car s’il disparaissait et que les autres n’avaient pas à offrir tout ce dont ils avaient besoin, qu’est ce qui allait  se passer ? Ils ne voulaient pas de cette incertitude. Et puis de toute façon, il faudrait du temps pour que le petit commerce soit aussi bien achalandé que le Géant.

Ils   avaient compris que les nouveaux gérants  du  petit commerce n’avaient pas  ce qu’ils voulaient. Dans les conversations, le sujet fut clos. D’ailleurs une émission télévisée de détection de jeunes talents occupaient tout le monde.

Le Petit Commerce fit appel  à  un syndic de faillite, pour faire le tri des actifs et des passifs. On recherchait des repreneurs, mais personne ne se profilait à l’horizon.

Dans ce commerce, certains avaient mis de l’argent, d’autre leur réputations, d’autres encore leurs rêves, ceux-là furent les plus meurtris, d’autres trainaient déjà des casseroles et n’ont apporté que cacophonie, mais l’ homme venu du froid avait été averti, Il aurait fallu éviter les hommes avec passif, et d’autres pour lesquels le succès ne passait qu’à travers une fusion  avec le Géant. En tout cas c’était l’analyse des habitants de la région, amenés à commenter  l’énième épisode du malheureux petit commerce.

Les habitants de la région habitués aux multiples disparitions et renaissances du petit commerce, savaient que ce n’était qu’un chapitre qui venait de se terminer, l’histoire, elle, allait continuer.

 

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