Les femmes de ménage

Posté par kahasane le 17 novembre 2016

Les femmes de ménage

Aujourd’hui quand des femmes se retrouvent quelque part, surtout celles qui sont éduquées, on s’attendrait à ce qu’elles parlent du dernier roman paru,  de la guerre au Moyen Orient, de leurs enfants, de la mode, de l’élection de Donald Trump, ou même de leur boulot, et bien non, la plupart du temps, elles parlent de leur femme de ménage.

Un groupe de femmes ayant toutes des postes de responsabilité se retrouve  ensemble et vous le verrez se lamenter du dernier méfait de la femme ménage: comment elle les a lâchées alors qu’elles étaient au travail, de la méridienne ou du beau vase qu’elle vient de casser Les conversations commencent toujours par « tu sais ce qu’elle m’ a fait ».

Les femmes de ménage sont devenues un casse-tête pour nous Djiboutiennes. C’était un petit luxe auquel on était habitué et qui est entrain de nous filer sous les doigts. Leur salaires augmente,  ce qui en soi est une bonne chose. Ce sont elles qui ont pris leur destin en main, car une revalorisation n’était pas dans nos projets immédiats. Nous avons été mises devant le fait accompli. Et c’est tant mieux, il n’ était pas normal que des personnes faisant autant de travail touchent aussi peu.

Les étrangers  avec souvent le double de ce que nous leur donnons ne leur demandent  pas la moitié du travail que nous leur demandons. Et qu’on ne vienne pas me dire que les étrangers expatriés pour la plupart, ont des salaires élevés, certains Djiboutiens n’ont rien à leur envier.

Nous leur accordons des jours de congé avec parcimonie. Avec cette combinaison de  salaire misérable et un travail qui n’en finit pas Il était normal qu’elles se secouent. Elles ont surtout compris qu’elles étaient essentielles à notre bien-être.

On va  les chercher dans les quartiers les plus improbables, elles nous regardent, nous toisent, pas impressionnées du tout, on peut  faire trembler un service, être directrice,  secrétaire général,  consultante, bardée de diplômes, on est toujours tout petit face à ces personnels de maison, de plus en plus fuyants.

Quand on va les chercher, c’est elles qui mènent la danse, ce sont elles qui posent les questions, imposent le salaire,  demandent  la taille de la maison, fixent les horaires de travail. A celle que veut à  un cours du soir et qui s’en va au milieu de l’après-midi, on dira oui. A celle qui est mariée et qui veut rentrer tous les soirs, pas de problème. Elle viendra tard le matin, évidemment, ce n’est pas grave.

Elles ont divisé le travail et nous avons accepté leur division. Cuisine ou ménage ou enfants ? Tout ce qu’elles veulent, pourvu qu’elles soient là. Deux ou trois fois par mois, toute leur famille est frappée de maladies les plus rares, et donc elles disparaissent. Comment peut-on empêcher quelqu’un d’aller voir son frère ou sa mère qui se meurent ? Quand ce ne sont pas les maladies,  c’est le mariage ou le deuil. C’est effarant le nombre de calamités qui les frappent.

Nous sommes à leur botte, et les enchères n’arrêtent pas de monter. La plupart d’entre elles n’aiment pas le repassage, apparemment le fer est un vampire qui les vide de leur sang, et je ne plaisante pas. Il y a même celle qui te dira qu’elle dira des allergies à cause de la Javel, et donc, un travail en moins.

Elles viennent chez nous, nous leur confions nos enfants, nos maisons, et en général et de plus en plus maintenant, leur seule caution, c’est une autre bonne ou   un « dilal » qui   peuvent disparaitre à tout moment, mais nous sommes dans l’incapacité de leur demander des garanties.

Elles demandent le nombre d’enfants, c’est la question qui tue toutes les mères de familles nombreuses, si elles pouvaient cacher  certains de leurs enfants, et  ne les sortir qu’ au fur et à mesure que la fille trouve ses marques, ce serait bien. Nous sommes prêtes à tout, pourvu qu’elles montent dans la voiture, sinon, demain, une galère qui n’a pas de nom va commencer, c’est comme si le monde s’écroulait, nous sommes devenus tellement esclaves de ce personnel de maison.

Si elle  dit qu’elle ne sait pas faire la cuisine, on lui dit que ce n’est pas grave, qu’ elle apprendra, de toutes façons, on ne mange rien de compliqué,

Pourtant la pénurie n’existe pas en la matière.

Sont apparus ces dernières années, le personnage du dilal, intermédiaire incontournable, pour celles qui veulent payer le prix fort. Quelquefois c’est lui qui marchande, et la femme de ménage ne viendra qu’une fois son accord donné.

Nous avons vécu dans la croyance que ce petit personnel  bon marché ne pouvait pas disparaitre,  et malgré tout le confort et l’électroménager, qui sont accessibles ce personnel est indispensable, peut-être à cause de la chaleur, ou l’habitude tout simplement. Il faudrait qu’on revoie nos modes de vie et qu’on pousse tout le monde à la maison à être plus responsable.

Il faut dire que nous avons changé. Chez nos parents, la femme de ménage était une personne faisant partie de la famille, elle vivait et partageait tout avec  la famille. Ces jeunes femmes qui avaient quitté les leurs et venaient des pays voisins, le plus souvent, retrouvaient un substitut de famille auprès des gens chez qui elles étaient, et puis en général, il y avait toujours d’autres cousines et personnes, on ne faisait plus la différence. Elles n’avaient pas de statut de femmes de ménage. Nous sommes à l’origine des sociétés où il n’y a pas vraiment  d’idéologie de classes, ou de distinctions sociales.

Aujourd’hui nous avons voulu jouer à l’européenne, nous avons voulu octroyer un statut différent à la femme de ménage, elles mangent entre elles, ont leur chambre, ou leur coin à elles, cela dépend des familles, elles sont éloignées de la famille avec qui elles ne partagent plus grand-chose, chez certains elles ont leurs propre plats.

Peut-être ont-elles plus de confort, souvent une TV, d’ailleurs beaucoup de femmes se lamentent, en pointant tous le confort qu’elles leur offrent, mais on oublie qu’on les a chassées du cadre familial, leur reléguant à un cadre d’employé, avec peu de protection.

Résultat, il n’y a  pas d’attache sentimentale. Alors que les femmes de ménage pouvaient rester des années,  devenant un membre de la famille, aujourd’hui on a du mal à les fixer, et même avec un salaire plus élevé,  rien n’est garanti.

 

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