Médiocratie

Posté par kahasane le 30 novembre 2016

Depuis quelques temps, dans un certain pays, non loin du nôtre, on entendait souvent circuler le terme de médiocratie, pour expliquer un peu cette léthargie, qui frappait le pays. Le pouvoir aux médiocres, en quelque sorte. Il ne s’agissait plus de la médiocrité ambiante dont tout le monde se plaignait. La médiocratie émergeait comme une nouvelle manière d’appréhender l’avenir et le monde. Si dans certains pays, les gens se bousculaient pour atteindre l’excellence, dans ce pays, on se contentait de gérer le quotidien. On ne sait pas d’où cela venait, peut-être était-ce une manière de réagir à un monde en perpétuel changement, il n’y avait pas encore assez de recul pour analyser le phénomène. Certains disaient que le pays ne stagnait pas, qu’il y avait des grands projets en cours, les infrastructures de la ville principale étaient constamment remises à neuf et embellies. Mais d’autres diront que c’était pour faire oublier l’essentiel. Les mauvaises langues sont partout. Les adeptes de cette doctrine étaient de plus en plus nombreux, ils se bousculaient au portillon, et maintenant qu’ils étaient appréciés à leur juste valeur, et que leur manière d’être était même reconnue comme une doctrine ils ne faisaient même plus semblant. C’était comme s’ils avaient obtenu une légitimité, Ils n’avaient plus besoin de faire des efforts pour briller, ce sont les autres qui se penchaient pour arriver à leur niveau ou s’accroupissaient, cela dépendait du chemin qu’on avait eu à faire. Dans les réunions, ils n’étaient plus relégués, au rang de figurants, mais parlaient et on les écoutait et on les applaudissait. Alors qu’à une époque pas si lointaine, on les aurait ignorés, là, on buvait leurs paroles. Ils n’étaient plus réduits au silence d’un regard courroucé. Si ailleurs, l’art oratoire était une qualité, si dans certains pays très avancés, on prenait des coachs pour soigner sa prise de parole, si on parlait de perfectionnistes, des stressés, des anxieux qui voulaient tout contrôler, chez les médiocrates on pouvait dire tout et n’importe quoi, le manque de préparation et l’approximation, tout ceci était même vu comme une certaine audace, un je-m’en-foutisme de bon aloi. Ce qui somme toute, n’était pas si grave. Quelle est l’importance de bien parler ou d’utiliser des phrases à la Proust, comme dirait une amie, l’essentiel est de se faire comprendre. L’époque était  aux phrases hachées. Au début, certains s’étonnaient et se disaient que cela n’allait pas durer, que ce n’était qu’une phase, qu’il y aurait un sursaut. Eh bien non. Au lieu du réveil attendu, les « gens normaux » se rendirent compte que le phénomène était là pour durer. Peu importe ceux qui auraient mal au dos, ou attraperaient un lumbago. Il n’était plus question de se redresser. Les « médiocrates »  proliférèrent, se multiplièrent, s’entourèrent de leurs semblables. Ce qui était bien, c’était qu’il n’y avait plus de clivage de régions, d’ethnies et autres. Toutes les composantes de la population de ce pays étaient bien représentées. Il y eut chez les « gens normaux » quelques résistances. Mais petit à petit, les défections commencèrent, il fallait bien vivre, les bons sentiments, cela ne nourrit pas son homme, et puis il faut toujours suivre la tendance et ne pas être le loup blanc. En tout cas, c’est ce que certains commençaient à dire en cédant à la médiocratie. Le plus dur, pour ceux là, c’était de jouer la comédie, car les médiocrates ne voulaient pas d’outsider. Il ne fallait pas remettre en cause les fondements idéologiques, Il fallait jouer le jeu et ne pas sortir du lot. Certains jouèrent si bien la comédie, qu’il fut difficile de les distinguer de leur nouvelle famille. .Bientôt le pays changea de visage. Les évenèments culturels disparurent, la lecture, les festivals, le français, langue d’instruction, tout ceci disparut. Le nivellement par le bas, était en marche. Plus de passion, pour quoi ce soit, plus de passionnés, les convictions étaient jetées aux orties. .Dans les établissements scolaires, à part le sport, tout le reste avait disparu. Petit à petit, même les plus irréductibles commencèrent à rendre les armes et à se ranger du côté de la majorité. Bientôt on ne put savoir qui était qui, ni qui fut quoi. L’uniformisation était réussie. Les médiocrates, car on ne peut pas traiter de médiocre, des personnes aussi ingénieuses, purent ainsi régner sans partage dans un pays acquis à leur doctrine.

 

Lechoixdelasimplicite |
Enchemin11 |
Que permet l'environne... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Changersavie
| Lapilulerouge
| Petiteppsblog