Le Parcours du Combattant

Posté par kahasane le 28 février 2014

Je me suis rendue au Ministère des Finances il y a quelques mois, pour des bulletins de salaire. Ce bulletin  est normalement un droit du salarié et doit lui être envoyé par la voie postale. Mais la poste, c’est aussi une autre histoire, cela fait des années que les boites n’ont plus de clés et que pour retirer un courrier, on doit fournir une pièce d’identité qu’on présente à un des préposé au guichet, celui-ci vous donne un petit papier attestant que la boite vous appartient. Muni de ce papier, vous allez dans les bureaux du tri, à une fenêtre, où un employé vous donne  votre courrier quand vous en avez,  ainsi que celui d’autres personnes que  l’agent du tri a par mégarde mis dans votre boîte. Vu tous ces tracas,  on ne peut reprocher aux finances de ne pas envoyer lesdits documents par la  poste, d’ailleurs il y a des fortes   chances qu’ils atterrissent  dans d’autres boites, vous voyez tout ce  que cela peut créer. Dans un monde parfait,  les agents de ce bureau d’accueil devraient répondre aux questions et diriger les gens vers les différents services, fournir des documents tels que fiches de salaire etautres et ainsi éviter que les gens ne déambulent, dans les couloirs de la Cité ministérielle. C’était en somme une bonne idée. Mais ce n’est pas ce qui se fait. D’abord, l’usager est toujours obligé de revenir au moins une fois, car il  a seulement une chance sur deux de trouver l’agent d’accueil la première fois. Ce jour-là,  l’employée de l’accueil avait décidé de sous-traiter les services du vigile de service, qui donc au lieu de s’occuper du portail d’entrée, travail pour lequel il avait été recruté,  s’occupait de traiter les demandes des clients, l’employée, elle,   se contentant de surveiller les opérations de loin. Un attroupement s’était  formé devant la porte.  Quand il eut fini avec moi,  il m’accompagna jusqu’à la porte, et me glissa en substance que c’était lui qui faisait tout le boulot, peut-être.espérant un geste de ma part

J’y suis retournée cette année encore, toujours pour les mêmes fiches de salaire, cette fois, plus de vigile, il y a des policiers à la porte et dans le petit bureau à l’entrée de la cité, il y avaient deux employés :  un jeune homme souriant  et une jeune fille, installée tout au fond, derrière un ordinateur. Peut-être que, vu ses bons états de service, celle de l’année dernière est montée en grade. Le jeune homme souriant me tend un registre et me demande d’écrire mon nom, l’objet de ma visite et le ministère dont je viens. Les deux jeunes gens discutent à voix basse, et après un instant, le jeune homme m’apprend qu’on ne peut me fournir   ces fiches de salaire, en tout cas pas sur 12 mois, comme je le réclamais, que ce genre de demande n’était traitée que par le Chef. «Le chef n’est pas là ? » demandais-je, il n’est pas là, ce n’était  qu’une question rhétorique car je voyais qu’à part le jeune homme et sa collègue, il n’y avait personne d’autre. les chefs sont souvent une denrée rare.

Assis à quelques mètres de là,  il y a un jeune homme, qui, lui,  a décidé d’attendre le fameux chef, quitte à y passer sa journée et  auquel les policiers ont barré la route. Celui-ci me chuchote, « Sinon, il faut aller  voir tel sous-directeur,  à l’intérieur ». Les policiers me laissent entrer, j’ai l’air respectable. Le jeune m’emboîte le pas, personne ne fait attention à lui. On va chez le sous-directeur, qui bien entendu, n’est pas là. Le jeune homme, qui décidément,  connait bien  les lieux, me dit que l’homme en question a  l’habitude de se cacher dans un bureau à l’étage, nous y allons, là, des messieurs usagers, comme nous, mais si bien installés qu’on a eu l’impression qu’ils sont de la maison, nous disent, que la personne qu’on cherche n’est pas là, le jeune homme juste derrière moi,  chuchote « si, si il est là ». Aguerrie par la confidence, je rétorque « vous êtes sûrs ? », les messieurs s’offusquent, comment puis-je douter de leur parole,  le jeune homme me montre un mégot encore fumant, « c’est certainement le sien », me dit-il, « il n’est  pas bien loin », on n’est plus tellement loin du film policier des années 40,  mais il me faut ce responsable, qui est  la solution à tous mes problèmes,  le jeune homme me suit, et là, sauvée,  je tombe sur une connaissance , dieu merci, ce pays est petit, dieu merci nous nous connaissons tous plus ou moins. Celui-ci m’emmène chez un responsable, assez haut placé, d’après le beau bureau et la déférence avec laquelle on s’adresse à lui,   mon sauveur lui parle de ma situation, j’ai un peu honte, car il n’était pas nécessaire de déranger tant de monde pour un droit, mais bon, notre beau pays, est kafkaïen au possible et on s’en accommode, depuis si longtemps d’ailleurs. L’homme, courtois, téléphone à quelqu’un et lui demande que ma demande soit immédiatement satisfaite. Je le remercie. Je me demande qui est la personne chez qui je dois encore me rendre pour avoir ces satanés bulletins, et oh, surprise, c’est la jeune fille de l’entrée, son collègue, dont le sourire ne quitte plus le visage,  me regarde, admiratif, l’air de dire, « Bravo, tu t’es bien débrouillée ». La jeune fille ne  me parle pas, mais me regarde d’un air furibond, je suis aussi en colère, elle m’a fait tourner  pour rien, juste pour le plaisir, et pour exercer un certain pouvoir, si petit et si grand, à la fois, car elle a fait bouger tant de monde.  Elle se demande comment elle va se venger, et me déclare, après avoir regardé une liste sur un ordinateur, qu’elle ne trouve pas mon nom, il y en a tellement, ajoute-t-elle, évidemment, elle a lancé sa recherche sur tous les salariés des Finances. Je suis sans voix, mais il faut garder son calme, je lui dis « tu  peux réduire la recherche à l’éducation seulement, et d’ailleurs j’ai écrit sur le registre  que j’étais de ce Ministère », et elle me demande « Quand ? ». On a l’impression que des années-lumières se sont passées entre le moment où j’ai rempli le registre et cet instant où elle me pose cette question,  je n’ai plus de ressort, cette jeune fille n’est pas unique, elle appartient à une administration complètement déconnectée de la réalité, il en est ainsi du district, des arrondissements, peu importe le service, ces employés ubuesques sont légion, un jour,  elle sera peut être promue pour un meilleurs service, La notion de service public, elle s’en moque elle n’en a d’ailleurs jamais entendu parler, elle ne doit quelque chose qu’à la personne qui l’a mise là, , une autre plus déphasée encore la remplacera l’année prochaine et nous, nous continuerons à tourner en rond comme des damnés, chaque fois que nous aurons besoin de quelquechose.

Elle n’a pas envie de me donner ces feuilles tout de suite, car j’ai défié son autorité, et me demande de revenir, je n’ai pas le choix. Trois jours plus tard, j’y retourne, et là, le jeune homme au sourire éternel, m’apprend que le chef a donné l’ordre de ne pas imprimer lesdites fiches. Je suis interloquée. « Mais un directeur vous a donné un ordre formel », oui, bien sûr, mais si le chef ne veut pas, on ne peut rien faire, je suis sans voix, je commence à m’énerver, leur demandant ce qu’ils veulent exactement de moi, s’il y a  un langage codé que je n’aurais pas saisi, ils ne sont pas complètement idiots, comprennent ce que je veux dire, se fâchent à leur tour.

Les policiers interviennent, l’un d’eux, excédé peut-être par l’attitude de ces deux jeunes gens, car je ne suis certainement pas la seule à m’être disputée avec eux,   me propose de m’emmener chez le directeur, encore un, celui-ci, parait-il est le grand Chef. Nous  le rencontrons en cours de route, le policier lui expose la situation, le grand Chef se met en colère, m’accompagne jusqu’aux  deux êtres maléfiques, leur dit qu’ils sont là pour servir les gens, etc, le jeune homme,  n’est pas convaincu et argumente encore,  dit que son chef a donné des ordres, le directeur lui répond qu’il est le chef de son chef, cela a l’air assez surréaliste, je me demande si le directeur a saisi le ridicule de tout cela, la jeune fille qui a apparemment fait vœu de silence et cédé  son temps de parole à son acolyte, écoute distraitement. Aucun d’eux n’est impressionnés, ces deux jeunes gens savent  que leur hiérarchie  n’a aucun impact sur leur avenir dans ce ministère. Le chien aboie, la caravane passe, en somme.

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Posté par kahasane le 23 février 2014

 

Ces jours ci on parle beaucoup de la diaspora, les Djiboutiens de l’étranger,   elle-même attire l’attention, s’organisant en comités de soutien de tel ou tel parti. On connaissait la diaspora principalement opposante, on voit une autre afficher clairement ses choix politiques. Alimentaire, mon cher Watson, diront certains, mais pas forcément.

On ne peut qu’applaudir si au lieu d’être disparate et désordonnée, elle s’organise, c’est la seule manière pour elle d’avoir un poids. il est normal aussi qu’elle soit de couleur politique différente, mais quelque soit leur choix en politique, l’intérêt porté  au pays est sincère.

Mais au fait est ce que les Djiboutiens émigrés en Europe ou  en Amérique du Nord méritent le terme de Diaspora ? Ou sommes juste tentés d’emprunter le mot pour éviter le label d’immigrants et  ces connotations négatives. Sommes-nous entrain d’assister à la naissance d’une diaspora avec des associations regroupant des Djiboutiens de plusieurs pays d’Europe, montrant tous un attachement au pays natal ?

Peut être que du terme, nous n’avons gardé que la notion de  dispersion, d’ailleurs elle rejoint l’étymologie du mot  qui signifie je cite « dispersion des graines du végétal »

Mais qu’importe, nous l’avons adopté et nous l’utilisons pour désigner nos compatriotes de l’étranger.

Au delà de cet engouement soudain, il faut surtout se dire que la diaspora Djiboutienne n’est pas homogène.

il y a d’abord ces compatriotes qui ont quitté leur pays, plutôt jeunes, se sont  installés en Europe ou en Amérique du Nord, n’ont jamais oublié le pays natal, y ont souvent déjà acheté un terrain, construit une maison, ou même pris en vente-location dans les cités. Ils ont longtemps vécu à l’étranger et ont des économies. Certains après des années de travail dans des domaines divers et après avoir acquis de l’expérience ont quelquefois envie d’investir et  de créer des activités et sont souvent étonnés d’entendre ces discours de bienvenue lénifiants, car en réalité, ils ne trouvent que porte close quand ils essayent d’exposer leurs idées, le chemin de la création d’entreprise est semé d’embûches et souvent il ne suffit pas d’être de la diaspora et d’avoir des projets pour que les obstacles soient levés.  Il y a des us et des manières avec lesquels il faut vite compter. Nombreux sont ceux, qui découragés, ont abandonné toute velléités de retour. Mais restant attachés au pays, ils se tournent vers l’immobilier.

Ces gens   pourraient contribuer à la création d’entreprises, génératrice d’emplois, s’ils trouvaient un environnement propice. Pour mettre en valeur la contribution des diasporas et les inciter à investir, il faudrait  un climat des affaires favorable, un secteur financier transparent. Ce n’est pas encore le cas.

Il  y a aussi ces jeunes, partis de Djibouti, leur bac en poche, pour être formés  à l’étranger. Une fois leur formation achevée, ces jeunes, souvent des ingénieurs ou du domaine médical, préfèrent s’installer dans les pays hôtes, s’intégrent bien, sont attachés à leur pays car le plus souvent le reste de la famille y est, mais pensent qu’ils sont mieux en Europe.  Leur retour dans un avenir proche n’est pas à l’ordre du jour, ils ne pensent pas trouver les mêmes opportunités de travail ici, mais Il n’est pas interdit que ces cadres, reviennent un jour servir, le pays, participant ainsi au transfert de connaissances. Pour cela, il faudrait que les pays d’origine leur offre des conditions et des contextes en adéquation avec ce qu’ils  valent.

Il y a une dernière catégorie, ce sont ces gens qui ont   traîné en Europe ou ailleurs, vivent des allocations, n’ont pas vu le temps passer grâce à ce temps clément, sont plus coutumiers des mabrazes que des agences de l’emploi. Ce sont souvent des beaux parleurs, les joutes verbales ça les connait, ils sont opposants quelquefois, quelquefois non, ils vont là où le vent les porte.

Nous sommes un peu novices dans le domaine, nous ne sommes pas comme d’autres pays africains, tel que le Sénégal, le Mali ou le Niger et tant d’autres, dont la diaspora fait vivre des villages entiers, et qui s’appuient beaucoup sur elle.  Nous sommes encore entrain d’identifier le potentiel de nos compatriotes installés à l’étranger. Tout ceci ne doit pas être juste un show ou une sorte de béguin, qui disparaîtrait aussitôt qu’il est apparu, un effet de mode, mais quelque chose de réfléchi, car la diaspora a vocation à se renouveler et la prise en charge de ce dossier doit être vue dans la durée.

La diaspora  qui devrait nous intéresser devrait être celle dont le seul objectif est le développement du pays.

Celle qui a un savoir et un savoir-faire et des idées innovantes.

Celle qui peut remplacer ces experts originaires du nord, et qu’on paye à prix d’or, et qui fait qu’une partie de l’aide au développement repart dans la poche des donateurs par le biais de leurs experts.

Celle à laquelle nous devrions tourner le dos est celle qui n’a rien à proposer, ni expertises ni idées, qui attirée par ce tintamarre qu’on a fait autour de la diaspora,  voudrait juste profiter de la situation.

La diaspora peut constituer  une richesse, elle peut apporter beaucoup à son pays d’origine, le terme même de diaspora sous-entend cet attachement au pays natal.  Elle est aussi une richesse intellectuelle, peut participer à la politique, elle a vécu souvent dans des pays où la démocratie est déjà en place, et peut introduire dans notre vie politique des idées novatrices et progressistes.

Sans la diaspora juive, qui a toujours manifesté un soutien sans faille à Israël, que serait devenu ce pays ?

D’un autre côté, on a vu comment un Charles Aznavour, d’origine arménienne, grâce à son lobbying, a obligé la France à reconnaitre le génocide arménien par la Turquie,  bloquant en même temps l’entrée de celle-ci  dans l’Union Européenne. Ce n’est pas l’unique raison, mais c’en est une aussi.

Donc il est normal qu’on courtise la diaspora, mais il ne faut pas se tromper, et ne pas seulement regarder celle qui se met en avant et qui se demande  ce que le pays peut faire pour elle et non le contraire. Cette dernière est active, visible et malheureusement, à part des beaux costumes et des belles paroles et quelques vidéos sur les réseaux sociaux, elle n’a rien à proposer.

Comme toujours à Djibouti, on se lance dans quelque chose, et ensuite, cela retombe comme un soufflé, pour la diaspora, l’idéal serait peut être  de créer des bureaux de liaison,  comme l’ont fait d’autres pays, ou des ambassadeurs itinérants comme l’ont fait d’autres pays aussi, de manière à répondre aux question des Djiboutiens de l’Etranger, tenté de participer d’une manière ou d’une autre manière au développement du pays.

Nos compatriotes à l’étranger, ne sont pas assez nombreux, pour qu’on crée, comme certains pays le font, un département dans un ministère, mais peut-être mettre en place dans les ambassades des pays où les Djiboutiens sont les plus nombreux, des cellules avec des interlocuteurs capables de les diriger et de les conseiller, de les informer sur les secteurs les plus porteurs du pays,  de manière à fournir aux personnes désireuses de revenir au pays des informations fiables. Et une fois, au pays, peut-être leur faciliter la tâche pour toutes les procédures, faire un geste fiscal, etc.

Un poète français a dit « Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage », il ne faut pas oublier qu’Ulysse a tout fait pour rentrer et retrouver le pays natal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le travail, c’est la santé.

Posté par kahasane le 13 janvier 2014

 

Chez nous, on n’aime pas trop le travail, surtout dans l’administration. Cela peut même  coûter certaines promotions à ceux qui se montrent trop empressés. On n’aime pas cela, d’ailleurs c’est le premier conseil qu’on donne à ceux qui commencent une carrière professionnelle. « Ne va pas plus vite que la musique ». Ou toute autre expression qui a à peu près le même sens. Celui qui ne veut pas écouter les conseils de ses ainés, en général, se mord les doigts très vite, et après quelques dépressions, finit par se tourner vers toute autre exutoire à sa portée.

Quand, dans un service, on voit une personne bouger un peu trop, on s’inquiète tout de suite, c’est anormal, c’est perturbant, cela déstabilise, les bonnes habitudes ne doivent pas se perdre, se disent tout de suite les aficionados du moindre effort, les collègues chuchotent  « elle va attirer l’attention sur nous » elle est montrée du doigt, vite ostracisée.  Dans tous les  ministères, on rencontre quelques personnes de ce genre, elles ne brillent pas, et essayent même de cacher leur tare, car c’en est devenue, minimisent leurs réalisations, elles sont en général ennuyeuses, ne se font pas beaucoup d’amis  et finissent leur carrière tout au bas de l’échelle.

Vous l’avez compris, travailler dans un service public, est un  oxymore, le choc de deux termes qui ne vont pas ensemble, et ceux qui le font encore un tant soit peu, sont ceux qui n’ont pas vraiment le choix, soit à l’accueil ou  à la caisse d’un service, et ceux là se demandent ce qu’ils ont fait pour mériter une telle malédiction et en général nous le font payer cher par leurs innombrables absences et leurs longues pauses petit-déjeuner.

Non seulement nous sommes ainsi, mais nous même avons réussi à contaminer les immigrants clandestins, qui pourtant, ont fait des kilomètres, pour soi-disant une vie meilleure, et qui dès qu’ils franchissent  la frontière, sont frappés par ce mal local, qui les tient cloués au sol. C’est ainsi qu’ils trainent leurs guêtres, mendiant aux quatre coins de la ville.

Ceci est dû à beaucoup de facteurs, nos modes de vie ancestraux dont on a du mal à se débarrasser, un certain atavisme qui ressurgit ainsi.

N’aimant pas le travail, Il était donc logique que nous développions une certaine complaisance envers la paresse qui est  devenue notre marque de fabrique, on se doit de la défendre on en a même fait une   qualité.  Dans un service, si on donne une demande d’explication à un employé absentéiste, bizarrement c’est le responsable qui sera coupable et sera traité de sans cœur. Nos valeurs sont ainsi faussées. Une flopée de gens interviendra pour maintenir cet employé défaillant dans cet état, sans une seule fois remettre en question, des probables insuffisances. On évoquera ses 6 enfants, sa mère malade, et le tour est joué. Pourquoi lui ne penserait pas à ses 6 enfants et sa mère,   n’est pas une question qu’on peut se poser.

La maladie des proches, est devenue quelque chose qu’on brandit, qu’elle soit vraie ou fausse. Et si timidement on fait allusion à un justificatif médical, les regards furibonds qu’on reçoit nous font taire.  En fait, le travail pour lequel on est payé est la dernière chose qu’on a à faire. Bizarrement, on aime l’argent, si nous avons un jour de retard de  salaire, toute la ville est morose, nous sommes pendus au téléphone, assiégeant les employés du Ministère des Finances, du Trésor, et des banques, suivant les bons à la trace. Dans les services, on envoie toujours quelqu’un comme éclaireur, celui   qui a des connaissances au trésor, ou à la banque, est très sollicité. Vous avez compris, nous n’aimons pas le travail mais nous aimons l’argent qu’il produit.

Ceux qui n’ont aucune excuse pour les éloigner le plus longtemps possible de leur lieu de travail ont mille et une autres astuces pour être les moins productifs possibles, les secrétaires ont le Coran,  qu’elles lisent ou écoutent à longueur de journée. Quelquefois, on voit deux ou trois secrétaires groupées autour d’un PC, on se dit que c’est le nouveau programme Excel qu’elles ont du mal à déchiffrer, mais non, elles sont fascinées par le dernier Hadith de tel ou tel cheikh, et le responsable qui voulait leur confier telle ou telle autre tâche, préférera ne pas troubler un tel moment de dévotion.

Qui pourra dire à quelqu’un de ne pas lire le Coran ? Blasphème ! Lui dire que c’est une activité  pour les  heures de loisirs ? A une autre époque, c’était le solitaire.

Les  chefs ont développé,  eux,  d’autres astuces, des airs affairés, et des bureaux pleins de paperasses, un gros agenda lors des réunions, gage de sérieux, une sorte de comédie dont personne n’est dupe mais qui convient à tout le monde, ce pays est béni des dieux, car malgré cela, les choses semblent marcher, nous sommes débout et vivants,

Le zèle par contre est puni,  ceux qui s’y adonnent sont souvent   limogés ou relégués dans des services obscurs, où pour punition, ils n’ont  rien à faire.  Ils l’ont bien   cherché après tout.

Il est vrai que de mémoire de Djiboutien on n’a jamais vu quelqu’un démis ou relevé de ses fonctions pour incompétence, par contre pour excès de zèle, tous les jours.

Mais après tout, pourquoi aimer le travail ? L’étymologie du mot d’origine latine ne veut-elle pas dire grosso modo, instrument de torture  et ne symbolise-t-elle pas la  souffrance. Nous sommes tous simplement plus honnêtes que la grande majorité des gens, ces, chinois, japonais et autres,  peuplant cette terre, n’ont rien compris.

 

 

 

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Meilleurs voeux

Posté par kahasane le 1 janvier 2014

Je souhaite beaucoup de bonnes choses à mes concitoyens, j’espère que nous resterons toujours ce peuple fraternel et chaleureux,

J’espère que nous continuerons pendant longtemps encore à dormir et à nous réveiller en paix.

J’espère que notre pays continuera à être ce havre, celui vers lequel se tournent toujours les peuples des nations voisines pour chercher la sécurité.

J’espère que nous resterons ce peuple généreux, gentil et qui essaie toujours d’éviter le pire même quand les situations sont tendues.

J’espère que nous tendrons toujours vers un idéal qui nous permettra de nous surpasser, de devenir meilleurs, de continuer à construire un pays stable et prospère et dont la prospérité profitera à tout le monde.

J’espère que nous serons toujours ce peuple, celui que décrivaient nos grand parents, qui a vu déferler vers lui des successions de peuples fuyant des guerres, des famines, et qui a toujours réussi à les accueillir et à partager le peu qu’il avait avec ceux qui en avaient encore moins. Nous sommes ce «Land of opportunity » où les gens viennent, démunis, mais qui permet à chacun de se hisser là où le portent ses rêves.

J’espère pour cette nouvelle année, moins de chômage pour les jeunes, des meilleurs services de santé, une voirie qui fonctionne, une population respectueuse de son environnement, une école éducative, moins de villas luxueuses, moins de corruption, plus de transparence, moins d’égocentrisme, plus d’altruisme, ce n’est qu’ainsi que nous garderont ce que nous avons.

Je souhaite pour cette nouvelle année, moins de déception, plus d’adhésion, moins de colère, plus d’espoir, moins d’opacité, plus de clarté, Dans ce continent tourmenté, nous sommes une sorte d’exception j’espère qu’il en sera ainsi encore pour longtemps, tout en priant que Dieu vienne en aide à ceux qui sont dans les conflits.

J’espère pour la nouvelle année l’instauration de discussions franches et constructives entre toutes les composantes politiques de notre pays.

Je souhaite que pour cette nouvelle année, le parti au pouvoir et l’opposition puissent renouer le dialogue et que de ce dialogue, naisse une entente durable.

Je souhaite que les querelles laissent place à l’harmonie.

Je souhaite beaucoup de bonheur à tous ceux qui travaillent au quotidien pour que ce pays soit ce qu’il est devenu et dont on attend encore plus.

Je nous souhaite beaucoup de bonnes choses pour cette nouvelle année.

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L’histoire continue

Posté par kahasane le 15 décembre 2013

Il  était une fois un petit commerce, se trouvant à proximité d’un plus grand, plus florissant, ce grand magasin avait beaucoup de clients, la ville et les alentours s’approvisionnaient chez lui, il était sans conteste le plus grand de la région, il était surtout l’unique magasin vendant de tout. On l’appelait le Géant.

Le petit commerce par contre, était en quasi-faillite, les propriétaires successifs n’arrivaient pas à en faire un commerce viable, il est vrai que le Géant avait des plus grands moyens,  pouvait lancer des publicités féroces,  son fond de roulement était quasi inépuisable, il pouvait  casser les prix, pour attirer les clients, offrir  des facilités de paiement, deux pour le prix d’un, des techniques de marketing que le Petit Commerce ne pouvait se permettre.

Mais pourtant il ne lâchait pas prise, et bizarrement le Géant avait une certaine appréhension, c’est comme si dans un rêve, le Géant avait vu qu’un jour, le petit commerce allait réussir à lui prendre toute sa clientèle, et les moyens que le Géant mettait pour détruire ce petit commerce, si dérisoire, étaient disproportionnés. Les clients n’avaient pas d’états d’âme quant à leur choix ; ils allaient tous vers le Géant, la vie était difficile, la crise économique était passée par là, et puis le Petit Commerce n’avait que très peu de produits en stock, ses prix  étaient élevés, et malgré toute leur sympathie pour ce petit commerce qui se débattait tant dans un combat inégal un peu comme celui du vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway,  se dirigeait néanmoins vers  le Géant.

Les choses continuaient ainsi, les gens de la région regardaient d’un air distrait cette lutte. Quelquefois le Petit Commerce restait fermé des années, ceux qui essayaient de le faire revivre étaient tout de suite approchés par le Géant, avec des offres alléchantes, des postes de chef de rayon dans le Géant même, des plans de carrière plus stables … etc.

Le local restait fermé mais l’enseigne était toujours là, quelques nostalgiques rodaient autour, rien que de voir le nom leur réchauffait le cœur, et leur rappelait des idéaux, des combats, une autre manière de faire du commerce, auxquels ils avaient cru. Ils avaient vu leurs rêves emportés par une logique commerciale implacable.

Et puis, Un jour, un homme d’affaire, auréolé d’une certaine renommée, ayant une réputation d’homme d’affaires au flair aiguisé, véhiculant avec lui un capital de confiance chez beaucoup de gens, déclara qu’il allait reprendre l’affaire, et qu’il s’associerait avec d’autres anciens gérants du petit commerce, ceux-là même qui avaient baissé les bras devant la concurrence de Géant, se sentirent tout de suite ragaillardis, un vent nouveau soufflait semblait-il, une certaine euphorie régnait, certains anciens responsables du Géant, licenciés, vinrent même rejoindre le petit commerce pour participer à sa réapparition. Des habitants de la ville, aussi, se dirent prêts à payer plus cher pour participer à la revitalisation du petit commerce.

Le petit commerce se remettait doucement à flots, beaucoup de gens étaient contents de le revoir ainsi, après tout il appartenait au paysage commercial de la région et apparemment il  n’avait  pas dit son dernier mot.  Beaucoup de jeunes et de moins jeunes s’associèrent au projet, promirent d’apporter leur aide, certains proposèrent de travailler sans salaire,  il fallait briser le monopole de ce Géant, son arrogance était insupportable, il fallait lui faire peur. Il fallait que les gérants du Géant regardent leur clientèle d’une autre manière, qu’elle ne leur soit plus acquise, il fallait qu’ils prennent ses doléances en compte, c’est vrai, le Géant n’était pas un magasin formidable, beaucoup de produits n’étaient pas de qualité, les prix pouvaient varier sans que l’on n’ait rien à redire, les employés n’étaient pas toujours corrects envers les clients, sachant qu’ils n’avaient pas trop le choix, qu’ils allaient toujours revenir, sinon mourir de faim. Mais avec un autre commerce à proximité, le Géant serait obligé d’écouter, de changer certaines pratiques, car sinon il perdrait  des clients, au profit de son concurrent. Certaines personnes étaient persuadées qu’elles iraient toujours vers le Géant, un certain conservatisme qui aurait du mal à s’en aller, mais, savoir qu’il y avait une autre offre à côté, c’était quand même agréable, même pour les plus irréductibles. Quelques vendeurs du Géant abandonnèrent leur place pour rejoindre le Petit Commerce, les gens de la région, qui n’était pas habitués à un tel esprit d’aventure, applaudirent, tout en continuant à acheter chez le Géant.  Les prix et les services qu’ils proposaient étaient imbattables surtout là, pour détruire le petit commerce, le Géant était même prêts à se ruiner.

Malgré cela, Le Petit Commerce commença à s’agrandir, les fonds commencèrent à pleuvoir,  des campagnes publicitaires furent lancées, à la télévision, à la radio, sur Ies réseaux  sociaux. Au début tout marcha à merveille, le Géant commença même à s’inquiéter,  à perdre des clients, beaucoup de clients,

Lors d’une foire, le Petit Commerce réussit même à vendre beaucoup de ses produits, à prendre des clients du Géant, les débats font encore rage, car le Petit Commerce soutient qu’il avait eu plus de clients mais le dumping fait par le Géant l’avait  mit à mal.

Mais malheureusement le Petit Commerce commença à péricliter très vite, comme si c’était son destin, une fois l’euphorie du début passée, les télévisions et la radios, n’acceptèrent plus de relayer leur publicité, eux même n’avaient plus rien à proposer, une fois le premier stock épuisé, malgré le fond de roulement dont ils disposaient encore, les  gérants  ne s’entendait plus ni sur ce qu’il fallait vendre, ni sur les techniques de vente, ni sur  les produits phares. I

Au lieu de parler de ce qu’il avait à proposer et de parler d’une autre façon de faire le commerce, parler de commerce équitable ou de commerce local, etc. Ils ne parlaient plus que du Géant, de ses pratiques, Mais cela les clients de la région n’avaient pas besoin de l’entendre, ils le savaient déjà, ils voulaient avoir un moyen de sortir de ça justement et ils voulaient que ces nouveaux commerçants leur proposent une autre manière de faire du commerce, de traiter les clients, d’être transparents, sur la traçabilité de leurs produits, sur les prix etc. A leur décharge, ce serait un doux euphémisme que de reconnaitre que le Géant ne leur facilitait pas la tâche.

Quand au Géant, un peu estomaqué par la Foire, il concéda quelques changements, pas de bouleversements majeurs, mais quelques avancées furent constatées, dans certains secteurs. Les clients restaient sur leur faim. Maintenant qu’ils pressentaient la disparition prochaine du petit commerce, ils savaient que le Géant reprendrait vite ses habitudes. En fait, c’était eux les perdants de cette lutte.

Pourtant ils n’avaient jamais souhaité la disparition du Géant, car s’il disparaissait et que les autres n’avaient pas à offrir tout ce dont ils avaient besoin, qu’est ce qui allait  se passer ? Ils ne voulaient pas de cette incertitude. Et puis de toute façon, il faudrait du temps pour que le petit commerce soit aussi bien achalandé que le Géant.

Ils   avaient compris que les nouveaux gérants  du  petit commerce n’avaient pas  ce qu’ils voulaient. Dans les conversations, le sujet fut clos. D’ailleurs une émission télévisée de détection de jeunes talents occupaient tout le monde.

Le Petit Commerce fit appel  à  un syndic de faillite, pour faire le tri des actifs et des passifs. On recherchait des repreneurs, mais personne ne se profilait à l’horizon.

Dans ce commerce, certains avaient mis de l’argent, d’autre leur réputations, d’autres encore leurs rêves, ceux-là furent les plus meurtris, d’autres trainaient déjà des casseroles et n’ont apporté que cacophonie, mais l’ homme venu du froid avait été averti, Il aurait fallu éviter les hommes avec passif, et d’autres pour lesquels le succès ne passait qu’à travers une fusion  avec le Géant. En tout cas c’était l’analyse des habitants de la région, amenés à commenter  l’énième épisode du malheureux petit commerce.

Les habitants de la région habitués aux multiples disparitions et renaissances du petit commerce, savaient que ce n’était qu’un chapitre qui venait de se terminer, l’histoire, elle, allait continuer.

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Déboires

Posté par kahasane le 22 novembre 2013

Aller à la BCI, un jeudi de début de mois, cela a quelquechose de masochiste, je sais, mais quelquefois on n’a pas vraiment le choix .Certains me diront, « Mais pourquoi ne pas prendre une carte ? » j’ai essayé, mais les miennes ne marchent jamais, je ne sais pas, je dois expier quelques péchés, et ces deux ou trois heures débout sont ma punition. On me dira aussi pourquoi je ne quitte pas cette banque, là trop long à expliquer, crédits, …etc. Cette banque a fait quelques progrès, en installant des couloirs pour délimiter les files ou des bancs, mais bon, nous, nous n’avons pas changé, et la lenteur légendaire de leur système non plus. Alors quand on arrive, on rejoint une file déjà compacte, nous sommes des gens très affectueux et nous aimons les rapports humains très rapprochés. Vous avez compris, les gens sont collés les uns aux autres, l’espace de confidentialité,  on connait pas, et même si on en laissait, il y a toujours un idiot qui penserait  que cette place est restée libre pour lui et essayerait de se faufiler. S’ ensuivraient immanquablement quelques disputes, rien de bien méchant, nous sommes Djiboutiens et nous n’aimons pas trop les confrontations. Même quand le guichet est presque vide, la personne qui arrive après vous, viendra toujours se coller à vous, je vous l’ai dit, un trop plein d’affection. Le problème de cette promiscuité, c’est qu’on n’ignore rien de la vie bancaire de celui ou celle qui est devant nous, nous savons qui a eu son chèque rejeté pour faute de provision, qui n’a plus que 1500 FDJ dans son compte, car le caissier l’a claironné et même s’ il l’ avait murmuré pour ne se faire entendre que du malheureux, certains d’entre nous se pencheraient pour bien écouter. De toute façon, on s’ennuie, l’attente est longue, il faut bien se distraire d’une façon ou d’une autre. Il y a la personne élégante, toujours un peu frétillante d’impatience, on n’a pas de doute sur son aisance, mais le jeune caissier après avoir regardé son compte, lui donne son solde sur un petit bout de papier.   on  a tous identifié l’instant de gêne, le compte est vide, devine-t-on, mais la personne insiste, et alors pas de pitié, le jeune caissier aussi commence à être fatigué, ce système absurde que la banque a installé tape sur les nerfs de tout le monde, il n’est pas très heureux de voir cette foule de gens qui scrute le moindre de ses mouvements et q ui même quelquefois le traite de lent et d’incompétent et il déclare d’une voix assez  forte « vous avez déjà un découvert de 50 000 FDJ ». La sentence est tombée. Ce client-là n’aime pas partir tout de suite, mais on s’en moque, le suivant est déjà là, une autre portion de vie, qu’on va saisir, Quelquefois, il y a l’épouse qu’un mari, ou un ex-mari, a remis un chèque sans provisions, et qui n’arrive pas à comprendre, pourquoi il lui fait toujours cela. S’engage une conversation, des conseils à la dame, et on passe au suivant. Quelquefois un client retire beaucoup d’argent et celui-ci quand il essaie de s’extirper de cette foule, a toujours peur, car il a vu les regards d’envie qui comptaient mentalement avec lui : 10 000, 20 000, 100 000, 200 000 FDJ etc. Il y a la dame qui ne sait pas signer, et là, tout le monde lui dit, il faut mettre le pouce là, non là, un peu plus bas, et énervée de tant d’intrusion elle pose son pouce où elle veut, le caissier ne s’en offusque pas. Il est gentil et poli, ce jeune homme, cela nous change des précédents, il ne vous jette pas la liasse de billet et la carte à la figure, comme c’est souvent le cas. Débarque, ensuite le militaire gradé, bousculant tout le monde, frappant à la vitre, en colère, qu’on le fasse attendre, lui le haut gradé, et appelant un des responsables. Tout le monde est déjà énervé, mais il y a un consensus sur les militaires, ce sont eux qui veillent sur nous et prêts à mourir pour nous défendre, on peut bien leur pardonner un petit écart, il y a en bien qui commencent à grommeler mais on les réduit vite au silence avec ces arguments de choc, une petite voix timide continuera « c’est leur choix », mais on ne l’’ écoute plus. Un peu plus loin, dans un autre guichet avec la même grappe humaine , l’éternelle polémique entre un groupe d’hommes et de femmes. Une femme demande à passer avant, on lui rétorque que depuis la création du ministère de la femme, et tout ce que les femmes ont obtenu, et l’égalité qu’elles prônent, il n’y a plus de galanterie qui tienne. La galanterie est une qualité, intrinsèque à la personne, des textes de lois ne la feront pas disparaitre, celui qui était galant, le restera, c’est mon opinion. Mais avec ce discours bien rôdé que les hommes tiennent souvent, on voit que la promotion de la femme n’est pas du gout de tout le monde. Il y a celui qui essaie subrepticement de vous voler votre place, et qui, hypocrite, quand vous le surprenez, vous dit toujours « Ah, vous étiez entrain de faire la queue ?». Non, nous sommes des amis qui ne s’étant pas vus, pendant un certain temps, se sont demandé pourquoi ils ne se retrouveraient pas devant un guichet de la BCI ? Quand on arrive enfin devant le caissier, c’est comme si on revenait d’une longue marche, on est trempé, on est fatigué, ce n’est pas normal, cela ne devrait pas être ainsi, mais pourtant ça l’est, et nous acceptons, nous sommes Djiboutiens, une manière d’être, passive, qui nous fait accepter les situations les plus facilement corrigeables. Cette banque avec son système dont tout le monde se plaint, depuis deux ans, si nous comptions un tant soit peu, aurait essayé d’y remédier, parce que nous sommes des clients et que nous méritons des services corrects. Mais bon, c’est un autre débat, sociétal, qui demanderait un investissement plus grand qu’un article de temps en temps dans un blog.

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Nation

Posté par kahasane le 22 novembre 2013

 

Si aujourd’hui, on fait une étude auprès des Djiboutiens  et qu’on leur demande à qui ils donneraient la préséance, à la nation ou à l’appartenance ethnique ou tribale, qu’est-ce qu’ils répondraient ? Ils voteraient  pour la nation pour se donner bonne conscience, mais ce n’est pas vrai, en leur  âme et conscience ils devraient  voter pour ce qui les définit  le mieux dans la société,   c’est-à-dire leur appartenance ethnique ou tribale.

Qui sommes-nous d’abord ? Afars, Arabes, Somalis, autres ou tout simplement Djiboutiens ? J’ai l’impression que nous somme juste un groupe de gens, d’ethnies et tribus différentes, rassemblés sous une même bannière et poursuivant des intérêts  différents.  Ce qui est triste, car si nous continuons à être aussi éparpillés, et que nous ne regardons pas quelquefois, cette bannière qui flotte au dessus de nos têtes et qui devrait nous rappeler que nous somme un peuple, les Djiboutiens, partageant tant, mais n’en ayant pas conscience, nous courons à notre perte.  Ceux qui rêvent de voir Djibouti devenir un Dubaï ou autre pays émergeant, devrait lancer un débat sur l’identité nationale. Car nous ne pouvons pas à la fois se prétendre moderne et aspirant au développement économique et ériger comme principe directeur un système archaïque présent et handicapant dans toutes les sphères de la société.

Pourtant, nous partageons beaucoup, une même religion, des langues souvent proches, nous sommes originaires d’une même région, de part et d’autre de la mer, nous avons peut-être les mêmes habitudes, nous aimons certainement les mêmes choses, le drapeau a probablement une grande valeur pour nous, certains d’entre nous sont assez chanceux pour être issus d’un métissage de toutes ces ethnies et tribus pour avoir des cousins, tantes et oncles de tous côtés. Dans les quartiers mixtes, toutes les composantes de toutes ces tribus et ethnies vivent en harmonie. Les mariages entre  ces différents tribus sont très fréquents. Nous avons  tous les ingrédients pour briser cette spirale destructrice.

Nous sommes exaltés quand des Djiboutiens gagnent un trophée, nous avons tous cela en commun, au fond, et certains me diront que nous avons tout pour former une nation, sauf que cela ne suffit pas. Cette alchimie prend tant que nous sommes jeunes au lycée, à l’université pour certains, mais le jour, où munis de nos diplômes, nous cherchons un travail, on nous dirige vers le cousin qui a un poste élévé quelquepart. Chaque ethnie ou tribu a un ambassadeur dans l’administration ou  les établissements publics.

les liens tribaux parlent en nous. A partir de cet âge adulte, nous devenons de telle ou telle ethnie, C’est qui est triste, c’est que dès notre plus jeune âge, nous avons eu des amis  de tous bords, sans distinction aucune, ces amis nous avons traversé des décennies ensemble, jusqu’à ce que, devenus grands, et travaillant dans un bureau, nous tournons le dos à ces belles amitiés.

L’esprit de clocher dirige toutes nos actions, nos refus d’agir, nos critiques, nos appréciations.

Peu de gens y échappent. Nous plébiscitons ce système, quand un des nôtres, obtient un poste haut placé, nous pensons à toutes les personnes qu’on pourra lui amener et qu’on va lui demander d’embaucher,  on ne comprendra pas s’il semble hésiter.

Nous sommes capables de garder et de promouvoir, au mépris du bons sens, quelqu’un qu’on sait pertinemment incompétent au détriment de tel autre. Nous savons que nous œuvrons   contre la bonne marche du service, mais peu importe. La tribu nous accueillera comme un héros et nous n’ avons juré allégeance qu’à elle. Rien n’est au dessus. L’Etat s’efface devant la tribu ou l’ethnie, il n’est plus rien. Pourtant en tant que groupe humain, c’est à  lui que nous devrions nous soumettre, puisque c’est le système que nous avons suivi.

Tel haut responsable va sauver un malfaiteur notoire car c’est un cousin, jetant le discrédit sur notre justice et ouvrant une brèche,   tel autre va fermer les yeux sur les incartades répétées d’un autre proche.

Le ministre, qui du  haut de son bureau, pointe du doigt un fonctionnaire  quelconque dans un service quelconque et décide de lui confier un poste directorial a du entendre des voix qui ont guidé son choix car rien ne  distinguait à priori cet heureux élu de n’importe quel autre collègue

Ce système met notre pays en perpétuelle construction, car, chaque fois qu’il y a un remaniement ministériel, chacun vient avec sa cohorte. D’ où un manque de continuité dans l’action publique.

En fait, cela n’a pas de sens, c’est idiot, contre-productif, cela nous détruit, empêche tout développement, crée des rancœurs, paralyse les services, nous ne sommes donc pas un peuple tendant vers un même objectif, nous n’avons des devoirs  qu’envers les nôtres, le pays est ainsi cloisonné, et les hommes politiques de tous bords et de tous temps se sont  toujours appuyés sur  cette dérive, car cela servait leur intérêt, une population cloisonnée est plus facilement gérable. Regardez comment peine l’opposition, ne pouvant aller au delà du clan, et même si certains arrivent à fédérer, la scission apparaît toujours quelque part.

Nous sommes aveuglés par notre parti pris, envers ceux qui nous sont proches, que quelquefois, bizarrement on connait à peine, mais avec lequel on  partage des liens indestructibles, semble-t-il.

Le mot  Unité, n’a pas de sens, on n’est pas unis, on est  le symbole même de la désunion,

C’est un système, qui malheureusement n’existe pas que chez nous, mais constitue un handicap pour beaucoup pays d’Afrique.

 

 

 

 

 

 

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Mariage à la Djiboutienne

Posté par kahasane le 13 octobre 2013

J’aime les mariages. J’aime y aller, c’est souvent des retrouvailles, on assiste au bonheur d’une famille autour de leur enfant, on ne les voit jamais grandir, se disent certainement les parents, c’était hier qu’il était encore en couches-culottes et le voilà que son cœur nous est ravi. On est heureux avec eux, la mariée est radieuse, à côté un jeune homme tout aussi radieux, les mamans, amies et tantes s’affairent autour d’eux, surtout autour de la jeune fille, réarrangeant la robe, faisant attention au rimmel qui peut couler, quelle catastrophe si cela arrivait, car rien ne peut venir assombrir cette merveilleuse journée, mais il ne coule jamais, le rimmel, C’est un beau soir, mais pour arriver à cet instant de communion, où tout n’est que joie, musique et danse, nous invités, nous avons souffert. Car il y a une règle qui dit qu’à Djibouti, on doit demander aux gens de venir à 20h30 à la cérémonie, mais à part quelques naïfs qui se pointeront vers 22h30, la majorité des gens viendra aux alentours de minuit et les mariés, eux ne viendront que quand tout le monde sera installé. En fait il y un quiproquo qui n’a jamais été éclairci : La mariée ne viendra pas tant que la salle n’est pas pleine, car après tout quoi de plus triste qu’une mariée, toute belle et maquillée, qui resterait, guindée, sur son fauteuil, attendant que des invités pointent leur nez. Donc en général on téléphone aux démoiselles d’honneur quand presque tout le monde est là. Le seul problème c’est que les invités se disent « oh la mariée ne viendra que très tard, donc ce n’est pas la peine qu’on y aille tôt » D’où un malentendu qui nous fait vivre de moments d’ennui indicible.  Il n’y a pas d’animation, en général dans un mariage djiboutien, à part les chanteurs, qui, eux aussi répondant à un timing,  ne commencent à chanter que quand la mariée est sur le chemin ou même quand elle est là. Donc on attend, quelquefois on dépêchera les cousines, amies et autres pour occuper la piste. Bizarrement alors que le répertoire musical djiboutien, qu’il soit somali, afar ou arabe est riche, ce sont les mêmes chansons  qui reviennent. Mais  malgré tout elles  appartiennent au patrimoine national ou régional et on ne s’en lasse pas. Le hic, c’est cette nouvelle manie, qu’ont prise les familles, surtout si elles ont un peu d’argent, de composer des chansons pour les mariés. Pendant toute la soirée, on nous rebat les oreilles avec les louanges de la famille du couple, pères héroïques, mères, parfaites femmes d’intérieur on n’est pas encore à jour avec l’idée du succès de la femme sur le plan professionnel, on ne peut changer les traditions, ensuite viendra le tour des tantes et oncles, grandes sœurs et grands frères, tous valeureux, la mariée, belle et parée de toutes les qualités et le marié, aussi pourquoi pas, mais quelle utilité ? S’est-on posé la question? les compositeurs ont compris le profit qu’ils pouvaient en tirer et transposent leurs paroles mièvres, sur des airs qu’on a souvent entendus ici ou là. C’est ennuyeux. C’est même barbant car ces chansons, on ne les connait pas, elles n’ont jamais intégré notre imaginaire, on ne se rue pas sur la piste en les entendant, comme on le ferait pour d’autres. Qui peut se déhancher sur des chansons inventées par des compositeurs de circonstance, qui chanteraient des chansons d’amour et de louanges pour une chèvre s’ils étaient payés pour ? Alors, c’est sûr, la famille est contente, on entendra même la mère fredonner, car cela fait trois ou quatre jours qu’on répète chez elle, mais on n’a  pas pensé à nous, invités. Notre problème, c’est que nous avons toujours du mal à nous réinventer. Dans nos mariages, on a mélangé plusieurs coutumes de plusieurs pays voisins ou lointains et le mélange n’est pas très bien réussi. Et pourtant, pendant qu’on se morfond à attendre les derniers invités, la fiancée ou mariée et l’heureux élu on commente ces cérémonies tardives, qui finalement indisposent tout le monde. On n’a jamais très envie de se retrouver autour d’une table à s’ennuyer avec des gens qu’on ne connait pas pendant des heures. Quand les mariés arrivent, on est souvent fatigué, on a mal au cou à force d’essayer de voir s’ils arrivent enfin, et là tout s’enchaine car pendant les deux heures qui restent, il faut danser avec les mariés, manger, danser à nouveau, regarder les mariés couper le gateau, le manger, ensuite, il y a la photo et bizarrement tout le monde a envie d’y aller. Vous imaginez ce jeune couple feuilletant son album des années plus tard et se demandant qui sont ces gens, entre les copines, les copines des sœurs, les voisines et les vagues cousines qu’on voit une fois tous les dix ans.

Mais malgré tout, un mariage, c’est toujours beau, un bel événement, tout ce bonheur dans les yeux des mariés, se rappellent-ils de leur rencontre ? pensaient-ils que cela finirait ainsi ? C’est l’aboutissement d’une belle histoire d’amour, qui se muera, on le souhaite toujours, en une solide histoire de famille avec enfants.

Ce couple aimerait que cette soirée ne se termine jamais, il voudrait dire comme Lamartine « Oh temps, suspends ton vol, et vous heures propices, suspendez votre cours, laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ».

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Mise au point

Posté par kahasane le 11 octobre 2013

Jamais une rentrée n’a été aussi médiatisée, jamais l’école n’a été aussi présente
dans la vie de tous les gens, plus qu’elle ne l’est d’habitude, car si tout le monde
s’intéresse à ce qui se passe au Ministère de l’Education Nationale, c’est
parce que chacun est concerné et ceci de près Chaque personne a au moins un
enfant, un frère, une sœur, des petits-enfants ou  un cousin à l’école.

En ville, dès qu’on est identifié comme personnel de ce ministère, on est assailli
de questions.

 Mais, au fond,  qu’est-ce qui se passe ?       Maintenant que le bruit et la fureur se
sont calmés, on peut commenter calmement ce qui s’est passé.

Prenons le cas des gens en situation d’abandon de poste : En toute honnêteté, qui
peut défendre des personnes qui, absentes du territoire, ou même présentes et préférant
se livrer à d’autres occupations, continuent à toucher leur salaire ? Il n’y
a qu’à Djibouti, qu’on peut avoir ce genre de débat.

Nous avons pendant longtemps louvoyé avec les règles, il est difficile de les
accepter de gaîté de cœur quand tout d’un coup on veut les appliquer.

Nous devrions applaudir des deux mains  cegenre de décision, et pourtant cela crée des émois. Des hauts  responsables  essayent de jouer de leurs
pouvoirs pour sauver les leurs afin  queces injustices perdurent. Ce n’est pas très correct.

Les mouvements des enseignants
de base et des directeurs
 :

Comme si la terre a tremblé, les changements de directeurs, a choqué tout le monde, on
a avancé pour justifier sa colère que telle personne était restée 20 ans dans
telle école, mais peut-être était-il  temps pour cette personne de voler vers
d’autres cieux ? Pourquoi est-ce si terrible ? Les logements de
fonction entrent en ligne de compte, mais quand on a pendant 20 ans bénéficié
d’un tel avantage, il est peut-être temps de laisser la place à quelqu’un
d’autre ? Pourquoi est-ce si grave ? On me dira, oui tu n’es pas
concernée, et c’est vrai, si j’étais concernée, je rejoindrai la cohorte de ces
gens qui se lamentent.

Ces mutations devraient rassurer les parents des quartiers périphériques qui
avaient l’impression que les meilleurs enseignants étaient cantonnés dans les
écoles du centre et ne seront peut-être plus obligés de dormir devant certaine
écoles, pour obtenir une inscription. Certains disent que la proximité n’a pas
été respectée. Il faut savoir que chaque changement qui survient dans une
institution fait des victimes, des dommages collatéraux.

Le contrôle des frais de
fonctionnement des établissements scolaires
 :
Nous parlons souvent de la corruption, je ne dis pas que les chefs
d’établissement sont corrompus, quoique on pourrait en débattre, mais bon, si
on contrôle ces fonds de l’ACSES, quoi de plus normal ? Après tout ce sont
des fonds publics. Mais il est vrai que cette notion de public/privé n’est pas
très claire dans l’esprit de beaucoup d’entre nous.

Le Ministère de l’Education souffrait de beaucoup de maux, dont certains ont été
soignés, on devrait s’en réjouir. On oublie dans tout cela, que les frais de coopératives
ont été réduits. Que la somme des 100 FDJ arbitrairement fixée par les
directeurs d’école et que les élèves devaient payer à la fin de chaque mois, a
été supprimée. Savez-vous qu’un enseignant pouvait refuser l’entrée de l’école
à un enfant, parce qu’il avait oublié lesdits 100 FDJ, une école publique, qui
par définition est gratuite. Si dérisoires paraissent ces sommes, elles restent
importantes pour des parents pauvres, ayant par exemple plusieurs enfants
scolarisées.

Desenseignants conventionnés ont été intégrés dans la fonction publique.                                                                                                                                           Donc beaucoup d’injustices ont été réparées, quelques fonctionnaires oubliés dans des bureaux ont                                                                                   été dépoussiérés et
reconnus à leur juste  valeur, c’est
bien.

 Des aberrations ont été corrigées, d’anomalies
gommées, il faudrait qu’on s’en réjouisse pour l’instant.

Les aspects positifs de cette rentrée sont là. Bien avant le 01 septembre, presque
la totalité des enseignants, chefs d’établissements, et autres personnels
pédagogiques  étaient rentrés de leurs
vacances, vacances qui parfois duraient jusqu’à fin septembre. C’est bien. Tout
le monde était sur le qui-vive. La gestion catastrophique du personnel a été
améliorée, il y aura toujours des gens qui échapperont aux règles,  rien n’est parfait nulle part.

Les errants du Ministère de l’Education, tous ces gens sans affectations réelles
mais pourtant touchant un salaire, ont été débusqués et mutés dans les
différents services. Quel mal y a-t-il à cela ? Pourtant là aussi cela a
fait un tollé, il existe des gens  qui
défendent  ces tire-au-flanc.

 Il y aura toujours des injustices qui se
glisseront, des interventions venant de gens auxquels on ne peut dire non, les
hauts responsables du Ministère  sauveront
peut-être quelques uns des leurs. Certaines personnes continueront à toucher
leur salaire, tout en ne faisant rien. C’est triste de le reconnaitre. Mais au
lieu d’être la norme, ceux-ci ne constitueront que des exceptions.

Maintenant qu’en est-il du reste ? Car l’éducation ne se résume pas à ce travail de
forme, certes important et qu’il fallait accomplir, mais le fond ? Tout ce
travail ne restera qu’accessoire si le contenu des enseignements n’est pas
amélioré, si la formation des jeunes enseignants n’est pas mieux prise en
charge, s’ils ne sont pas mieux encadrés, parce qu’au fond, notre objectif
c’est de fournir aux élèves une éducation qui leur permettra d’être des citoyens
et surtout  qui devra faciliter leur
insertion profesionnelle.

Il faudrait  revoir la manière dont les
services travaillent ensemble et cela fait partie des doléances des gens du
terrain qui ont souvent l’impression de ne pas être entendus par
l’administration.  On a l’impression que
le lien entre les différents services est rompu,  c’est vrai, quand l’équipe pédagogique d’une
discipline donnée constate des choses sur le terrain, en fait un rapport, si
celui reste au fond d’un tiroir et n’est pas suivi de mesures, tout ce qu’on
dira ou écrira ne servira à rien, Notre système éducatif doit revivre, il ne
faut pas grand-chose pour le redresser, il suffit de laisser à chacun ses
responsabilités, refuser les zones de non-droit, car leurs répercussions sont
graves sur l’éducation de nos enfants.

Il serait vraiment nécessaire qu’il y ait une autorité effective qui gère les
établissements scolaires. Certains sont sortis de la sphère de l’éducation, et
certains chefs d’établissements, sont des vrais seigneurs, dédaignant tout ce
qui vient de la hiérarchie, et menant leur petit monde, comme ils l’entendent
Un travail d’évaluation et d’audit doit être fait dans ces établissements.  Quelqu’un doit surveiller la manière dont les
enseignements sont organisés d’un lycée à un autre ou d’un collège à un autre.
Il y a certaines aberrations qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. Il faut qu’il y
ait une harmonisation des volumes horaires de chaque discipline, ce n’est pas
le cas.  Bon nombre de ce personnel de
l’éducation échappe à toute autorité, et cet élan qui semble profiter à
différents départements du Ministère n’a pas touché cette catégorie de
fonctionnaires.

Il faudrait que les associations de parents reprennent vie, qu’elles soient
structurées et qu’elles puissent avoir leur mot à dire, sur certaines
questions. Mais il faut aussi que les parents reprennent leurs enfants en main,
ce n’est pas toujours facile, pour certains parents obligés de courir derrière
leur gagne-pain, mais même les parents les moins éduqués doivent être associés
à l’effort national.

Il faut que des cours de soutien voient le jour, ce n’est pas difficile à mettre
en place. Ce qui nous tient au ras du sol dans ce pays, c’est que toute
initiative rencontre des Cassandre qui balaient toute innovation avec des
« Cela ne marchera pas ». Les écoles, collèges et lycées sont pleins
de jeunes avec beaucoup de volonté, il suffit de faire appel à eux. Ils ont
beaucoup d’idées, mais ils ne sont pas entendus Il y a déjà eu des initiatives
de ce genre dans certains collèges, il y a quelques années, mais vu le peu d’engouement
que cela suscitait, ces enseignants ont abandonné. Les élèves ont besoin d’être
aidés surtout en français, surtout ceux des quartiers défavorisés, c’est à
l’enseignant de déceler les plus faibles. C’est peut-être un rêve, mais pourquoi
ne pas continuer le rêve en disant qu’on peut proposer des clubs de lecture aux
élèves, ou d’autres activités périscolaires. Après tout les fonds de l’ACSES
devraient servir à cela aussi….

Il faudrait qu’on revoit le système d’orientation, qu’on revalorise le secteur
professionnel car apparemment il y a des élèves qu’on garde dans les filières
générales mais qui apparemment seraient plus aptes à suivre des filières plus
techniques, mais il ne faut que celles-ci soient vues comme un secteur au
rabais, et expliquer aux parents pour que ceux-ci ne voient plus cela comme un échec
de leur enfant.

Des efforts ont été consentis,  il faudrait
que ces efforts aboutissent à améliorer la qualité de notre enseignement, son
équité et son efficacité, sinon cela n’aura été qu’une opération médiatique.
Pour l’instant ce ministère regagne la confiance de la population, qui est
satisfaite. Ne la décevons pas.

 

 

 

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Le complexe d’Icare

Posté par kahasane le 6 septembre 2013

Cette histoire est arrivée dans un pays loin, très loin de chez nous, c’est une histoire de naïveté et de rêves brisés.

Le personnage principal, qu’on appellera Sigad,  une fois son BEP en poche, trouva un emploi dans une institution respectable du pays. Peu de temps, après,  on ne sait comment Sigad fut promu  à la tête du service comptable.  Comme il fallait s’y attendre et comme l’ont fait ses prédécesseurs et le feraient ceux qui le suivraient,  il commença ses activités parallèles.    Au début, ce n’était pas grand-chose, mais  le peu d’intérêt que ces petites malversations suscitaient auprès de ses supérieurs lui donnèrent des ailes, et il commença à voir un peu plus grand. Les sommes détournées devinrent de plus en plus importantes. Bientôt, il commença à gonfler des factures  à les falsifier, les commerçants commençaient à le connaitre et à lui offrir  des cadeaux de bienvenue en échange des commandes que Sigad ferait chez eux. Les choses se déroulaient  avec une facilité incroyable.

Dans ce pays s’était installé une sorte de compromis, d’amnistie concernant la corruption, le détournement de deniers publics, les gens ne s’en offusquaient plus. Quand des visiteurs étrangers ou des gens de leur famille vivant à l’étranger venaient leur rendre visite, ils leur faisaient voir  les quartiers chics et les villas construites par les champions en la matière. A ces visiteurs on citait les noms des heureux propriétaires, on égrenait des noms, cette villa est celle de … celle là au fond est celle du directeur de tel établissement public, celle-là est celle de l’ancien directeur des finances et on s’extasiait du bon gout de tel ou tel. C’était assez surréaliste. C’est comme quand on visite un pays et qu’on va à la découverte de  ses monuments historiques et des chefs d’œuvre architecturaux.  Là, il n’y avait ni pyramides ni Colisée ni Taj Mahal à montrer,  les habitants exhibaient comme des trophées les forfaitures de leurs fonctionnaires. Le ridicule ne tuant point, on pouvait même dans les conversations de salon, comparer la villa de tel ou de tel et le bon gout de tel ou tel autre ancien directeur. Une certaine bourgeoisie issue de cette société décomplexée voyait le jour et étalait sa fortune mal acquise sans aucune fausse honte.

Quelques personnes se demandaient à quel moment les habitants du pays avaient atteint ce point de non retour, quand  l’immoralité était devenue une vertu, pourquoi  le bien et le mal s’étaient confondus.

Au fond, dans ce pays, si on était honnête, c’était malgré soi. On évoquait   souvent la richesse de tel ou tel ancien directeur ou ministre, oubliant que, souvent, ce n’est que grâce à des actes répréhensibles et en spoliant l’Etat de ses biens. Les valeurs s’étaient déplacées, on traitait d’idiot celui qui ayant été à la tête d’un service, ne s’était pas enrichi, certains allaient même jusqu’à le mépriser. Ce qui était triste, c’est que le modèle véhiculé par cette société en perdition allait immanquablement être copié par les générations à venir, qui déjà trépignaient d’impatience. Cette génération qui se demandait à quel moment elle allait planter ses canines aiguisées dans ce grand gâteau qu’était devenu le pays.

Mais revenons à notre jeune homme qui nageait dans un bonheur sans fin. Sa vie devint un tourbillon de sorties, Il commença à penser à la construction comme tous ses pairs, il fallait du tangible, pour asseoir cette fortune nouvellement acquise, il n’était pas encore tout à fait dans la cour des grands et devait se contenter des quartiers périphériques, mais il fallait bien commencer par quelque chose, il  fréquentait des collègues et il savait que lui n’était qu’un petit poisson dans l’océan du détournement de biens publics  il  n’était qu’un débutant après tout, mais il était sur la bonne voie ; on le voyait   de plus en souvent dans les salons  des grands hôtels, là où les gens parlent d’une voix feutrée, et où le rire n’était jamais franc, juste un tressautement du corps, le chef-comptable vivait sur un petit nuage. Dans ces salons, ne se retrouvaient que des gens comme lui, comptables, directeurs financiers, tous ceux qui jonglaient avec  du bien mal acquis, mais qui n’avaient aucun état d’âme, car ayant la bénédiction d’une population blasée.

Notre  jeune homme  avait quelques étapes à franchir avant de faire  partie du club de ceux dans les épouses et enfants passent les vacances aux Emirats, dans les suites des hôtels chics de ce pays qui était devenu incontournable pour les nouveaux riches de ce pays, si pauvre par  ailleurs. Il n’en faisait pas encore partie, mais il y travaillait dur, c’était la consécration pour tous les nouveaux venus du club non  restreint  des « abuseurs ».

Mais un jour, tout s’arrêta, la police arriva dans son bureau, saisit toutes ses affaires,  l’emmena en prison. D’autres policiers vinrent à la maison, et fouillèrent l’endroit de fond en comble.

Ses amis, sa famille ne comprenaient pas ce qui se passait. Il arrivait que quelqu’un soit demis d’une fonction de ce type, mais cela se passait  sans heurts.  La personne ainsi écartée se retrouvait dans un obscur ministère où elle touchait encore un salaire confortable. Cette personne  n’avait rien à d’autre à faire que de  profiter des fortunes amassées et critiquer un état en déliquescence, corrompu, soutenant à qui veut l’entendre qu’à  son époque, les choses étaient mieux. Quelquefois avec les fortunes amassées, elle pouvait s’exiler à l’étranger, où elle pouvait s’ériger en opposant offusqué des pratiques de l’état. Il y a toujours des âmes amnésiques pour l’applaudir.

Les choses étaient décidément bien faites, dans ce pays. Et d’ailleurs quand cela arrivait, on disait qu’il fallait bien laisser sa place à d’autres. Tout le monde devait avoir sa chance.

Quelle ne fut la surprise des gens quand ils apprirent le motif de la déchéance de Sigad : détournement de biens, corruption active, faux et usage de faux, falsification, la liste était longue, les articles du code Pénal que le juge égrena l’étaient autant. Mais personne ne comprit, c’était des délits qui étaient tombés en désuétude, des textes qui n’étaient plus en vigueur, plus personne n’allait en prison pour cela, sinon beaucoup de fonctionnaires de la ville s’y retrouveraient, donc il y avait autre chose.

Les théories les plus farfelues furent avancées, mais aucune ne fut satisfaisante

On se perdait en conjectures. Qu’est-ce qui s’était passé ? Qui pouvait dans ce pays être emprisonné pour de tels délits ? Cette histoire fut une énigme pour tout le monde.  On savait  que ce n’était pas à cause des sommes détournées qu’il était tombé, mais pourquoi alors ? Les rumeurs allaient bon train. Sigad, disait-on, avait transgressé certaines règles non écrites, peut-être qu’il n’avait pas lu le manuel du parfait détourneur de fonds publics, certains disaient qu’il avait trop parlé, on se demandait s’il ne s’était pas trop vanté, au risque de faire passer ses supérieurs pour des idiots qu’il pouvait berner trop facilement ou peut-être qu’il n’avait pas assez partagé.

Ou  tout simplement,  avait-il été saisi du complexe d’Icare, avait-il volé trop près du soleil, ce qui aurait expliqué sa chute.  Toujours est-il que tout le monde était désolé pour lui, ce qui était d’ailleurs étrange, personne ne s’inquiétait pour le pays, car au fond, c’était lui qui était le plus à plaindre. C’est lui qui chaque jour recevait des coups de sabre, qui d’ailleurs,  pourraient bien l’achever un jour.

 

 

 

 

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